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Attentat de Moscou : la piste d’une femme kamikaze

Source: Le Figaro. Par Pierre Avril. 25/01/2011

L’explosion a eu lieu dans la zone des arrivées internationales de l’aéroport de Moscou-Domodedovo. Crédits photo : TATYANA MAKEYEVA/REUTERS

Au moins 35 personnes ont été tuées et 46 blessées par l’explosion d’une bombe dans la zone d’arrivée des vols internationaux de l’aéroport moscovite de Domodedovo. Medvedev vise la direction de l’aéroport.

Des explications. Au lendemain de l’attaque contre le principal aéroport russe, Dmitri Medvedev a indiqué que la direction de l’aéroport moscovite de Domodedovo devrait répondre de l’attentat commis la veille. «Ce qui s’est passé montre clairement qu’il y a eu des violations des règles de sécurité. Il a vraiment fallu en faire pour apporter ou faire passer une telle quantité d’explosifs» dans l’aéroport, a déclaré le président russe, cité par l’agence Interfax. «Tous ceux qui ont des responsabilités, ceux qui prennent des décisions et la direction de l’aéroport devront répondre de tout».

Selon une source policière citée mardi par Ria-Novosti, l’attentat a pu être commis par une femme kamikaze et un complice, un mode opératoire «habituel» pour les rebelles du Caucase du nord.

Dix mois seulement après les attentats du métro de Moscou, qui avaient causé la mort de 40 personnes, la capitale russe a renoué lundi avec la terreur meurtrière. Cette fois, l’attentat n’a pas visé le cœur de la mégalopole mais le principal aéroport de la Russie, Domodedovo, où transitent chaque année près de 30 millions de passagers. À 16 h 32, une bombe a explosé au terminal des arrivées internationales au moment même où atterrissaient des vols en provenance de Düsseldorf, Londres et Odessa. Officiellement, 35 personnes ont péri et 168 ont été blessées. L’opération a aussitôt été qualifiée d’attentat suicide par les forces de sécurité russes. L’engin, d’une puissance équivalente à cinq kilos de TNT et qui contenait des éléments métalliques, a été actionné dans la zone des arrivées, près d’un café baptisé Asia. «J’ai entendu un bruit très fort et perçu un petit éclair. Je suis devenu sourd, j’ai pris ma tête entre mes mains et j’ai couru», explique Sergueï Gatouatoulyn, un passager.

La fumée a envahi une partie du terminal. Au milieu des bagages et des chariots, des flaques de sang séché. Des corps inertes sont allongés, avec, à leurs côtés, certains de leurs proches simplement blessés. Les premières victimes ont été transportées sur les chariots à bagage. Dmitri Medvedev a ordonné le renforcement des mesures de sécurité dans les autres aéroports de la ville, Cheremetievo et Vnoukovo, vers lesquels plusieurs vols étaient détournés dans la soirée. Le président russe a retardé son départ à Davos, où il est censé être l’invité vedette de l’ouverture du forum annuel d’affaires, prévue demain. L’attentat a suscité une vague unanime de condamnations, en particulier dans l’Union européenne et aux États-Unis, la Maison-Blanche dénonçant un acte «révoltant».

Une fois de plus, comme à la station de métro Loubyanka ou au parc Koultoury, l’attentat soulève la question de l’efficacité des mesures de sécurité prises dans les aéroports et les gares russes. À l’entrée même des terminaux, les passagers et leurs bagages sont inspectés, mais, dans la pratique, les contrôles restent aléatoires. «Alors que nous étions très chargés, et contrairement aux usages, les miliciens n’ont fait aucunement attention à nos bagages», raconte au Figaro Irina Tsvei, rédactrice en chef adjointe de la radio Écho de Moscou, qui partait en vacances aux sports d’hiver au moment de l’explosion. Ces défaillances sécuritaires ont été dénoncées par Dmitri Medvedev, qui a demandé à ses ministres de vérifier si les «lois étaient bien appliquées».

Selon certains journaux, les services de sécurité avaient été prévenus de l’imminence d’un acte terroriste. Les forces de sécurité ont aussitôt évoqué un attentat, dont les auteurs seraient d’origine nord-caucasienne. La tête du kamikaze a été retrouvée sur les lieux du drame : un homme de type «arabe», âgé de 30 à 35 ans, a précisé une source policière citée par Interfax. Trois suspects ont même été identifiés, qui habiteraient depuis plusieurs mois dans la région de Moscou. Ils auraient été en contact avec deux femmes qui, selon ces mêmes sources, préparaient un attentat à Moscou. La première s’était fait exploser le 31 décembre 2010 dans l’enceinte d’un club de tir huppé, situé dans la capitale. Complice de cette opération suicide, la seconde avait été arrêtée le 6 janvier près de Volgograd, dans le sud du pays.

Depuis septembre, dans le Caucase du Nord, la situation était relativement calme à l’exception des affrontements quasi routiniers qui opposent militants islamistes et forces de l’ordre, en particulier au Daguestan, République épicentre de l’activisme fondamentaliste. Cette accalmie était trompeuse. «Il n’y avait aucune raison d’être rassuré. Cette vague va durer longtemps. Des boeviks (combattants islamistes, NDLR) sont liquidés, mais, entre-temps, des dizaines d’autres les remplacent et prospèrent. Et nul ne sait quand tout cela se terminera», explique Alexandre Gourov, membre du comité de la sécurité à la Douma, le Parlement national.

Services inefficaces

Le président russe lui-même avait reconnu, en novembre dernier, l’inefficacité de la lutte antiterroriste pour laquelle il avait nommé il y a un an un représentant spécial, Alexandre Kholopine. Ce dernier s’est attaché à développer la situation économique dans la région, allant même jusqu’à prévoir la construction de cinq stations de ski. Pour l’instant, cette stratégie a échoué. Quant aux résultats de la lutte armée contre les bandits, les statistiques communiquées par les forces de l’ordre sont «bidons», avait critiqué le président russe. «Le nombre des tirs et des explosions visant les forces de l’ordre et le nombre de meurtres visant la population civile n’ont pas diminué», avait-il déclaré devant des collaborateurs qui, au moment de la diatribe, avaient plongé la tête dans leurs notes.

Les experts soulignent régulièrement l’impasse dans laquelle se trouvent les autorités russes dans leur combat contre le terrorisme islamiste. Ils réclament une solution «politique» au conflit, mais personne n’est capable d’en définir les contours.